LES SYMBOLES DE LA VANITÉ

Le sujet de la Vanité n’est ni la mort, ni la vie mais la transition entre l’une et l’autre qui, elle, s’inscrit dans le temps. Cependant, le temps qui passe n’est pas visible, donc la représentation plastique de la vie fugitive n’est possible que dans la forme symbolique à travers les divers objets qui sont capables de capter le temps pour l’emprisonner dans la peinture.

Ainsi tous les objets qui composent le tableau de vanités ne sont que des symboles qui montrent l’existence vaine de l’être humain. La compréhension du tableau nécessite une lecture minutieuse de chaque symbole.

En faisant une assimilation entres les objets et leurs sens symboliques, on peut recréer image par image la vision de la vie et de la mort propre au XVIIe siècle, le moment où la vanité en tant que genre se trouvait au sommet de sa popularité.

Nous allons utiliser le parcours Natures mortes du Musée des Beaux-arts de Bordeaux qui donne une liste tout à fait complète des différents objets qui composent la vanité pour les analyser.

Rachel Ruysch, Vanité. Tulipes et crâne. Musée Jeanne d'Aboville, Saint-Quentin

Rachel Ruysch, Vanité. Tulipes et crâne. Musée Jeanne d’Aboville, Saint-Quentin

La mort : elle est présente à travers le crâne ou le squelette (regardez Memento Mori among Early Italian Prints), qui, avec les tentures noires et argentées, sont les symboles du deuil. Les euphémismes élégants de la mort sont eux représentés sous forme de fleurs du narcisse ou de jacinthe.

La fuite du temps : est figurée par le chronomètre, la montre, la clepsydre, la bougie consumée, le sablier et la lampe à huile.

Philippe de Champaigne, La Vanité, 1646. Musée de Tessé, Le Mans

Philippe de Champaigne, La Vanité, 1646. Musée de Tessé, Le Mans

L’on compte la duré de la vie terrestre. Les verres souvent à moitié pleins évoquent la « coupe de la vie» tandis que les nuages sont les signes du temps qui passe. Les aliments : les huîtres, les cerises, le pain sont choisis pour leur durée de vie limitée. Par contre, le citron pelée en spirale  symbolise le déroulement de la vie pendant laquelle l’homme libère son esprit de la matérialité pour arriver à la pulpe de l’essence spirituel.

Simon Renard de saint André, Vanité, 1650. Musée des Beaux-Arts, Lyon

Simon Renard de saint André, Vanité, 1650. Musée des Beaux-Arts, Lyon

La fragilité de la vie : figurée par les bulles de savon, les boules de verre (regardez Medieval Mirrors and Later Vanitas Paintings), les miroirs et verres brisés ou renversés, fragiles par leur matière.  Sont aussi important la bougies éteintes, les fleurs fanées et la fumée.

Pieter Boel, Grande Vanité, 1663, Musée des Beaux-Arts, Lille

La vanité des biens de ce monde : avec les étoffes précieuses, coquillages, bijoux, pièces de monnaie, pièces d’orfèvrerie, tulipes qui symbolisent la richesse. Avec les armes, les couronnes et les sceptres qui rappellent le pouvoir. Les livres et les instruments scientifiques renvoient à la vanité de la connaissance, ainsi que les sculptures, tableaux, instruments de musique qui se révèlent être des arts vains. Le vin, la pipe, les cartes à jouer et les dés figurent les plaisirs.  Les grands plats, tasses, vases, aiguières en vermeil sont des objets de luxe qui peuvent semer la discorde et susciter les querelles.

La vérité de la résurrection et de la vie éternelle : avec les épis de blé, les couronnes de laurier et les citations des Écritures ou des stoïciens qui soulignent l’inutilité des biens de ce monde sous forme de sentences : Vanitas vanitatum et omnia vanitas (« Vanité des vanités, tout est vanité »). Les roses évoquent la Vierge Marie, l’œillet donne une image de la Passion du Christ, mail il est aussi le symbole de la fidélité et de la victoire de l’amour sacré (regardez Une analyse de Vanité de Nicolaes van Veerendael). Le papillon est un symbole païen de l’âme, le crabe est, lui,  symbole de la résurrection chrétienne.

La religion : présente à travers le vin, le pain et le raisin qui représentent l’Eucharistie.

Lubin Baugin, La Nature Morte à l'Èchiquier ou Les Cinq Sens, XVIIe siecle

Lubin Baugin, La Nature Morte à l’Èchiquier ou Les Cinq Sens, XVIIe siècle, Louvre, Paris

Les cinq sens : l’ouïe, la vision, le goût, l’odorat, le toucher font les plaisirs de la vie mais ils sont aussi  la voie du péché. Souvent, les natures mortes de ce type renvoient à la vanité indirectement, en mettant en avant l’aspect positif de la vanité : profitez de la vie avant mourir.

 

Par Anna Turulina

 

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