CHAPITRE 9 DU LIVRE III DES ESSAIS DE MONTAIGNE: « DE LA VANITÉ »

Le professeur Frank Lestringant, dans son article  « Réflexion à propos du chapitre III, 9 des Essais, « De la vanité » de Montaigne«  (Etude Epistèmé (22,2012)), explique que Montaigne dans ses Essais « dénonce les multiples manifestations de l’orgueil humain » en offrant au lecteur une interprétation personnelle du thème de la vanité du monde, thème qui alimente son expression et sa pensée. Cette lecture offre la possibilité de comprendre l’ambiguïté, « l’ambivalence fondamentale », existant entre les deux aspects picturaux et littéraires des vanités, thème également abordé dans une étude très complète du professeur Thierry Brunel dans son article « Vanités textuelles », « Vanités littéraires », validité du concept et critères de reconnaissance dans la littérature du XVIIe siècle? »  (Etude Epistèmé (22,2012)), où il relève les traits caractéristiques liant la littérature à la peinture en allant au-delà de la simple idée de l’ut pictura poesis.

Le chapitre 9 apparaît comme étant le plus foisonnant du livre III des Essais de Montaigne, il illustre en effet le moment d’une déviation cruciale.

Montaigne utilise « l’écriture comme voyage sans  but et sans fin » pour décliner tous les sens possibles de la vanité à travers les diverses activités humaines décrites.

L’objet de la réflexion de Montaigne serait donc « l’éloge du mouvement et de l’errance comme procédure de jouissance ». La trajectoire circulaire que représente celle d’un tour du monde permet à l’auteur à la fois, par le mouvement, de découvrir la variété du monde mais aussi de se retourner sur lui même et de prendre conscience de soi. Le voyage serait un parcours intérieur fait de contradictions développant l’aspect corporel et intime du sujet. Ainsi, il relève la faiblesse de son âme face à sa façon d’aborder la mort et son attachement humain à la vie.

En effet, Montaigne aborde dans ses Essais la question de la préparation à la mort. L’exercice philosophique et religieux serait donc celui de cette  préparation. Il servirait, soit à bien vivre, soit à favoriser une bonne mort c’est à dire un passage vers l’au-delà : il est la preuve ultime de la constance dans l’instant de la mort mais aussi de l’unité de la vie. La mort dans la tradition philosophique est en effet le moment qui juge la vie. La philosophie apparaît donc comme un apprentissage de la mort, elle est l’activité sur laquelle nous cherchons la vérité, l’élévation de l’âme au-dessus de la sphère sensible, ainsi, le sage n’a pas peur de mourir.

Mais la vanité dans les Essais, c’est aussi et surtout le rapport à l' »excrément » c’est-à-dire, tout ce que produit le corps et est évacué par lui. Ainsi, « l’écriture est le produit de l’esprit comme l’excrément est le produit du corps ». De cette façon, l’auteur prend conscience de sa condition de vivant destiné à la mort, comme le sont les produits de ses réflexions qui suscite en lui tant d’orgueil et de suffisance. Ainsi, l’on remarque un jeu de l’auteur avec le mot « bulle », « emblème du vide et de la fragilité humaine » dans les tableaux de vanité. Il insiste sur le caractère transitoire de la vie humaine comme le font les œuvres picturales produites à la même époque que celle de la publication de ses Essais qui, de plus,  renouent avec le texte de l’Ecclésiaste plus qu’avec celui de saint Augustin.

Pour une étude tout aussi approfondie, je vous renvoie à l’article « La conscience de la vanité chez Montaigne »  par Luigi Delia.

Blandine C.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s