UNE VANITÉ LITTÉRAIRE

LITURGIE DE LA MORT ET ROMAN DE LA PERTE

J’ai choisit ce roman afin de prendre conscience de cette expansion de la vanité touchant la littérature. On y retrouve la présence obsédante de la mort dans la vie des protagonistes. Pascal Quignard emploi la rhétorique de la tragédie.

Il reprend l’esthétique et la morale du XVIIe s. en insérant la mort d’un être aimé dès l’incipit du roman, chapitre premier et première ligne: « Au printemps de 1650, Madame de Sainte Colombe mourut ». De plus la composition musicale du Tombeau des Regrets oriente le sens de l’oeuvre. Au cœur de la vanité, le roman n’hésite pas à traduire celle-ci en peinture. En effet, le roman convoque la figure du peintre Lubin Baugin (1610-1663) dont une nature morte joue un rôle essentiel.

Lubin Baugin, Nature Morte aux Gaufrettes, v.1630, Paris, Musée du Louvre

Lubin Baugin, Nature Morte aux Gaufrettes, v.1630, Paris, Musée du Louvre

L’auteur n’hésite pas tout au long de son récit à souligné le caractère éphémère de la vie en nous confortant avec brutalité à l’inéluctabilité de la mort.

Ce court roman est dédié à Monsieur de Sainte Colombe, de son nom complet Jean de Sainte Colombe, (coïncidence notable avec le prénom de l’acteur incarnant le personnage: Jean-Pierre Marielle) un musicien (violiste, ou gambiste) de génie ne se souciant pas de jouer ni de composer pour le monde mais pour les morts.

L’œuvre fait plusieurs fois allusion aux vanités peintes mais elle est aussi en elle-même une vanité littéraire. Le roman témoigne d’une volonté d’épurer le récit pour traduire une morale: celle du « memento mori ».

ECRITURE DE LA PEINTURE

 Le peintre était occupé à peindre une table: un verre à moitié plein de vin rouge, un luth couché, un cahier de musique, une bourse de velours noir, des cartes à jouer dont la première était un valet de trèfle, un échiquier sur lequel étaient disposés un vase avec trois œillets et un miroir octogonal appuyé contre le mur de l’atelier.

    « Tout ce que la mort ôtera est dans sa nuit », souffla Sainte Colombe dans l’oreille de son élève. « Ce sont tous les plaisirs du monde qui se retirent en nous disant adieu. »

Extrait du roman de Pascal Quignard, Tous les Matins du Monde, Gallimard, 1991, chapitre XII.

En tant que lectrice à plusieurs reprise du roman, je peu affirmer que le talent de Quignard se révèle sous sa plume. Il arrive ainsi à rendre lisible  ce qui est d’ordre visuel. Ainsi la nature morte s’insère dans l’écriture par description de tableau ou d’un décor spatial. Les formes, les couleurs, les lignes; l’obscurité ou la clarté deviennent des mots.

De même, en tant que spectatrice du film, l’adaptation cinématographique de ce roman est aussi une preuve d’ingéniosité dans la mesure où le film éponyme donnera, le temps du tournage, une réalité à la vanité, inscrite dans le temps et l’espace.

Par Gwendolyn Colombo

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