VANITÉ DANS LES NATURES MORTES HOLLANDAISES

Dans le sens large, les vanités se réfèrent à toutes sortes d’objets artistiques qui portent un message de futilité de la vie et de mortalité de l’homme. Dans le sens restreint, on appelait vanités les tableaux de nature morte qui étaient répandus en Hollande au XVIIe siècle. Les monochromes de Claesz, les entassements couronnés d’une tête de mort de Steenwijck, ils interrogent et troublent le goût esthétique élevé avec le concept d’imitation de la belle nature. Qu’est ce que les peintres hollandais voulaient transmettre dans cette éloge à la mort ?

Harmen Steenwijck, Vanité, 1640. Museum de Lakenhal, Leyde, Pays-Bas

Harmen Steenwijck, Vanité, 1640. Museum de Lakenhal, Leyde, Pays-Bas

Pour bien comprendre le phénomène des vanités hollandaises, il faut s’intéresser au contexte historique de cette partie de l’Europe. La mort s’affirme comme le sujet des natures mortes vers 1620. Cette période représente celle de la fin de la Trêve de douze ans (1609-1621) entre les Provinces-Unies (Hollande) protestantes et les Pays-Bas catholiques sous l’influence espagnole. Les menaces de la guerre et ses conséquences néfastes se font jour. De plus, la peste dévaste les villes hollandaises entre 1624-1625 ainsi qu’en 1635. La mort est une réalité et l’esprit et elle y agi.

Les vanités hollandaises naissent à Leyde avec la proclamation  de David Bailly dans le milieu calvinistes et savant (encyclopédie Larousse). Cette initiative revient à son maître Jacob de Gheyn II, son premier tableau signée « Vanitas » est produit en 1603 (Metropolitan Museum, New York), en 1621 Bailly inaugure un nouveau tableau de Gheyn (Yale University) qui a définit plus ou moins l’iconographie et le style du genre : le groupement cohésif en forme de pyramide, la gamme monochrome, le  jeux de clair-obscur. La nouveauté se diffuse très rapidement autour de la Hollande où les peintres de natures mortes commencent à réaliser des vanités. En 1651 Bailly réalise « Vanté, nature morte avec le portrait de jeune peintre », l’une des plus riches et des plus complexes des vanités au niveau de son iconographie. 

David Bailly, Vanité, la nature morte avec le portrait d'un jeune peintre, 1651. Stedelijk Museum, Leyde, Pays-Bas

David Bailly, Vanité, nature morte avec le portrait d’un jeune peintre, 1651. Stedelijk Museum, Leyde, Pays-Bas

Concernant les origines de la vanité picturale, Jacques Derriulat propose une idée pertinente dans son discours « Vanité de la peinture et peintures de Vanité ». Il présente la vanité comme un revers de la nature morte, genre dont la naissance se manifeste avec le tableau du Caravage « Corbeille des fruits » (1596), la nature morte fonctionne comme une visualisation d’offrande, une tradition qui vient des temps anciens.

Caravage, Corbeille de fruits, 1596. Pinacotèque Ambrosienne, Milan, Italie

Caravage, Corbeille de fruits, 1596. Pinacotèque Ambrosienne, Milan, Italie

La plénitude des fruits et la beauté des fleurs symbolisent la gratitude de celui qui donne. Le don évoque le « re-don », la réciprocité du don confirme la stabilité et la prospérité de la vie. La nature morte nous montre l’aspect positif de la vie, qui séduit le spectateur par ces plaisirs et ces goûts. La vanité, au contraire, porte le concept de l’abandon qui est le deuxième sens de l’offrande : en sacrifiant, on renonce à quelque chose de valeur.

Par comparaison à la nature morte, qui s’adresse aux yeux,  la vanité, vise l’esprit comme son destinataire. Elle comporte un message chrétien de renonciation à tous les biens de ce monde pour la vie éternelle sous le protectorat de Dieu, qui se réactualise avec la doctrine protestante opposante à la richesse de l’église catholique. Les protestants saluent le rejet de l’envie de tous les biens terrestres devant la rencontre avec Dieux. Dans la Hollande protestante, cette idée devient essentielle pour la construction de l’identité nationale. A part les vanités proprement dites, on trouve de nombreux exemples de natures mortes ou de scènes de genre qui comportent en soient les rappels de la vanité de ce monde, comme par exemple les citrons demi pelé. Un concept nationale se formule : profitons des biens de ce monde gagné par le travail, mais n’oublions pas que tout est vain. Le parcours du Louvre « Nature morte : école du Nord », nous permet de voir l’iconographie habituelle de la vanité dans les natures mortes, comme par exemple le crâne.

Cependant, il ne faut pas regarder les vanités comme un manifeste monastique. Tout au contraire, le protestantisme n’accepte pas l’abandon de la vie quotidienne au profit de la vie sacrifiée a Dieu. L’abandon exprimé par la vanité est une chose mentale, une présence de l’idée de la futilité de son vivant. La pomme mûre est belle mais elle porte en soit la germe du ver qui la dévore. Il ne faut pas se laisser séduire. Enfin, la vanité porte un message : les choses terrestres ne sont pas telle quelle paraissent car elles sont toutes soumises à la mort. Remarquons aussi que René Descartes, un des principal représentant de la méthode scientifique et philosophique de mise en doute de tout ce que l’on voit, voyage en Hollande en 1629. Il n’y a pas de rapport direct mais il y fait des recherches plus approfondies, ce fait nous montre de quelles pensées étaient faites l’esprit de l’époque.

Cet esprit critique protestant, dans un certain niveau de spiritualité se manifestait dans la bonne volonté de renoncer à tous les biens de ce monde. La Hollande fut une terre féconde pour le développement des formes picturales indépendantes de vanité.

Par Anna Turulina

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